Le blog de l'ESS pour #FaireAutrement !

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On va au fast-food et on le vit bien (enfin presque…).

On va au fast-food et on le vit bien (enfin presque…).

Mathilde fait de son mieux pour être écolo, manger responsable et rêve d'atteindre un jour le saint graal du zéro déchet. Sabine partage ces valeurs et rêve de changer le monde en agissant à son niveau. Cependant, toutes les deux rompent régulièrement leurs vœux de comportement durable ! Elles ont une génération d'écart et EnSSemble, elles ont décidé de se débarrasser de leur culpabilité. Témoignages croisés de ces écolos pas parfaites du tout.

Cet article est un article écrit à quatre mains ! Il vous raconte l'histoire d'une rencontre. Celle de Mathilde et Sabine. Toutes les deux allons vous parler de notre relation à la culpabilité, à nos paradoxes et vous faire découvrir de l'intérieur la vie de femmes engagées...comme elles le peuvent ! 

Notre rencontre et son lot de stress ....

MATHILDE : Premier jour chez EnSSemble.org. Quoi tu connais pas ? Les E, et S majuscules c'est pour Economie Sociale et Solidaire. C'est 'toute activité à impact environnemental et/ou social positif'. 

J'essaye d'expliquer ça à mon hébétée de famille. Je suis contente.

C'est le premier jour, j'aimerais bien faire bonne impressionJ'ai mis mon t-shirt « il n'y a pas d'étranger sur Terre », accroché un sourire, et remonté à bloc mes neurones miroirs. Ready !

Toute la matinée se passe sur des roulettes. La cheffe Sabine est chouette, les collègues des autres bureaux sont des gentils. L'associatif j'ai déjà joué : on se tutoie, la bise, la cafetière en surmenage et les pauses dej' au tupperware. 

Oh mince. J'ai oublié mon dej'. Mince, mince, je savais pour le tupperware en plus.

Je me retrouve à acheter un déjeuner pas du tout ESS pour mon premier jour. C'est comme ça que ma salade pas de saison est venue pavaner son emballage excessif pas recyclable du tout à la table des ratatouilles maisons et autres boulgours. Echec de la procédure d'intégration, je me culpabilise.

Je me rassure en me disant qu'ils vont s'en remettre. On n'est quand même pas dans Le Diable s'habille en Prada où les foudres éternelles s'abattent au premier demi faux pas sur les nouveaux venu.es !

SABINE : Premier jour chez EnSSemble de Mathilde. Moi je suis la cheffe, Sabine. Celle qui est chouette ! Moi aussi je suis un peu en panique… 

Mathilde doit se dire, comme beaucoup de monde: "quand on travaille dans l'économie sociale et solidaire on est forcément ouvert et on a des méthodes managériales cool. On est passionné par la démocratie participative et le collectif".

Bref, il faut être une cheffe cool, ouverte, compréhensive qui a le sourire parce que... ben c'est quand même génial de travailler dans l'ESS ! Donc le stress monte parce qu'en vrai je n'ai pas pris de cours d'animation de collectif, j'ai plein de dossiers sur le feu qui me stressent et en plus va falloir que je raconte toute la vie de l'entreprise !

J'avais même pas de bureau pour Mathilde avant son arrivée. Pour vous dire côté collectif c'est pas encore ça. 

Mais je suis quand même super contente. Je sais qu'on va toutes les deux essayer d'être cool et relax, de correspondre à se qu'on imagine qu'on doit être mais tout ça au bout d'un moment ça va tomber... 

Mathilde est à fond. C'est sympa.

Demain j'oublie pas mon Tupperware !

Petite mise au point avec notre copine la culpabilité !

Deuxième jour chez EnSSemble.org. Pas de blague, cette fois Tupperware ready. 

Pause dej', et là, surprise : Yannick, de la scoop d'à côté, a un dej' au plastoc !!! Ni de saison, ni zéro déchet, ni bio et encore moins local.

Je lis Pennac en ce moment, il écrit qu'il n'y a pas de surprises sans certitudes. Là pour être surprise, je tombe des nues.

J'apprends que c'est comme ça ici. J'expérimente directement le concept de l'inclusivité d'EnSSemble.org

Sabine éclaire ma lanterne en me disant qu'il n'y a pas de guide de conduite, qu'on fait tous et toutes ce qu'on peut. J'en conclus que 'le coup de la salade suremballée' c'était pas trop grave en fait. Ouf.

Heureusement que ce n'est pas grave ! On imagine la pression totale de devoir apporter du fait maison tous les jours…en plus des repas pour les enfants, des pique- niques à prévoir pour le centre aéré et des dîners en famille à anticiper car on rentre un peu tard !

Au secours….la pression m'étouffe ! Non en fait le repas c'est ce qu'on peut faire en essayant de pouvoir beaucoup ! :)

Ouf, j'ai mes Tupperwares pour le deuxième jour de Mathilde mais je la rassure je suis aussi passée par la case des sandwichs encartonnés. Ces jours-là c'est la lutte intérieure, la guerre des paradoxes.

Ca y est, c'est parti. je suis déjà épuisée.... Mon "Moi hyper engagé" fait la moral à mon "Moi qui fait ce qu'il peut". 

Je vous jure ces débats intérieurs sont dignes des repas de famille les plus cauchemardesques. Ils ont vraiment beaucoup de mal à cohabiter ces deux là !

Je ne suis pas la seule à me faire mes films : mes copains de l'agro me vannaient avant le stage, " Oula va plus falloir traîner en grande surface Mathilde, ils vont te taper sur les doigts au travail ! ". 

Maintenant je leur réponds " Chut mauvaise langue, chez EnSSemble.org, on est in-clu-sifs ! " (je dis 'on', je suis intégrée maintenant).

Mais on se fait tous et toutes des idées, comme mon pote l'autre soir qui a promené sa bouteille de bière vide toute la nuit, faute de ne pas trouver de récup verre. Mais jette la dans une poubelle normale, on va s'en remettre ! Pas moyen. J'aurais jamais dû lui parler de mon stage ! Je savais que ça allait lui mettre une pression de fou sur ce qu'il imagine de mes attentes en tant que nana responsable qui recycle, tout ça, tout ça...

C'est un genre de libération de se dire qu'il n'y a pas de mode de vie idéal, chacun.e son chemin. 

Et oui il y a des fossés entre nos convictions et nos actes. Et oui on fait de son mieux. Sabine a une sœur bouddhiste, ça nous aide vachement. On parle d'elle quand on essaye d'arrêter de culpabiliser.

Oui, ça c'est le rêve quand il s'agit d'expliquer à sa culpabilité qu'elle n'a pas tous les droits !

« Ecoute ma cocotte, moi je fais ce que je peux et ça je le fais bien. Alors si tu veux bien t'écarter un peu de mon chemin ce serait pas de refus. Parce que tu vois, la culpabilité, elle ne passera pas par moi ! »

Ok, là j'avoue je fais ma maligne. Ma wonderwomen de la culpabilité.

Mais dans la vraie vie, celle où les supers héros ont oublié de s'arrêter, j'ai plutôt un coté Rantanplan. Y'a ma culpabilité qui fait des bonds, qui bouge dans tous les sens et il y a moi qui l'observe, un peu, comment dire, passive…..

C'est à ce moment là que je dégaine ma carte maîtresse : ma sœur ! Nos longues discussions sur le fait de ne pas s'infliger culpabilité et regret. Sur le fait qu'on FAIT CE QUE L'ON PEUT. 

Chaque petit pas est une étape pour commencer, poursuivre ou terminer un grand changement !

Rencontres et embrassades avec nos paradoxes ! Parce que nous le vivons bien....enfin presque !

Moi je vais vous dire, la culpabilisation je connais. C'est ma pote. Elle me suit partout, surtout quand je fais les courses.

Je sors d'une école d'ingénieur.e agro où l'on a appris plein de choses sur l'impact de nos choix de consommation quotidienne depuis deux ans. Entre nous on s'est donné pleins d'objectifs inatteignables de consommation. Parce que c'est inacceptable quand même cette hérésie ; vous savez combien de kilomètres fait un avocat pour arriver dans votre assiette ?

C'est comme ça que j'ai connu mes premières crises d'angoisse en supermarché. Vous avez déjà essayé de faire des courses à la fois bio ET locales ET de saison ET végé ET végan (si t'es champion) ET éthique ET dans ton budget ET que vous aimez ? Voilà.

Chez nous à l'école les champions des champions c'est ceux et celles qui savent cuisiner quelque chose avec le chou cal du panier AMAP. C'est ceux et celles qui ne mangent pas les paninis du grill mais des tupperware (encore!) maison. C'est ceux et celles qui font leurs courses au magasin de vrac avec leurs pots en verre et leurs sacs récup. Du coup, quand j'amène quelque chose à manger en soirée, je réfléchis à deux fois avant de me décider. 

Oui ! Et cela marche dans les deux sens : qu'on soit invité ou que l'on invite !

Quand ma famille vient me rendre visite à moi, l'engagée du groupe, celle que l'on voit un peu comme l'extrémiste des sujets sociaux et environnementaux et bien je dois dire qu'à ce moment là il vaut mieux avoir rendu visite à la Biocoop avant leur arrivée! Parce que c'est vrai, à force de défendre ce qu'il faut consommer ou ne pas consommer et bien il devient difficile de ne pas être à la hauteur….

Le maître mot doit donc être INCLUSIVITÉ ! Comme dirait un fast food que tout le monde connaît mais que personne ne veut valoriser « Viens comme tu es ! »

​J'avais un peu trouvé toute seule cette petite idée salvatrice mais maintenant je m'autorise à la crier haut et fort : j'embrasse mes paradoxes ! 

Oui des fois j'achète des pizzas préparées par des machines sans amour, des pizzas emballées dans du plastique qui va dans l'océan et qui étouffe des tortues, des pizzas industrielles avec des tomates cultivées hors sol. Oui je le fais. Et ma copine culpabilité reprend une part de pizza et me laisse tranquille (des fois).

Je vous propose tous de tenter la « méditation des paradoxes » ! 

Je suis certaine qu'il vous est arrivé de prendre soin de vos moments de tristesse, voir de colère et bien il devrait en être de même pour nos paradoxes. 

Je ne dis pas qu'il faut le faire pour se convaincre de ne pas faire plus mais bien pour accepter l'idée que l'on fait ce que l'on peut. Que nul n'est parfait et que la route même longue et sinueuse finira par aboutir là où nous le décidons

Nous acceptons les erreurs de nos enfants. Nous acceptons les erreurs de nos proches alors acceptons nos limites pour les dépasser la tête haute ! Et rien que ça c'est déjà pas simple… Alors oui j'essaye et non je n'y arrive pas tous les jours ! Et moi aussi, comme Mathilde, je commence à le vivre bien….enfin presque !


Le mot de la fin...


In-clu-sif je vous dis.

Parce que chaque petit pas compte….et fait une véritable différence !




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Commentaires 4

Invité - Yvan le jeudi 10 août 2017 14:09

Super article !

Beaucoup de personnes qui font des efforts sur leurs actions (et leurs mode de consommation en particulier) doivent avoir le sentiment que vous décrivez. C'est vraiment sympa de voir les deux facettes de l'histoire

Ca me rappelle un court métrage (vous l'avez peut être déjà vu) où le personnage découvre l'impact des produits qu'on retrouve en supermarché. Vous semblez tirez les mêmes conclusions : il est difficile d'être parfait·es !

Super article ! Beaucoup de personnes qui font des efforts sur leurs actions (et leurs mode de consommation en particulier) doivent avoir le sentiment que vous décrivez. C'est vraiment sympa de voir les deux facettes de l'histoire :) Ca me rappelle un court métrage (vous l'avez peut être déjà vu) où le personnage découvre l'impact des produits qu'on retrouve en supermarché. Vous semblez tirez les mêmes conclusions : il est difficile d'être parfait·es !
Sabine Pradelle le jeudi 10 août 2017 15:58

Merci Yvan ! C'est sympa de lire votre commentaire ! Pour le court métrage oui, Mathilde m'en a parlée.ET pour la conclusion, le terme "difficile" laisse presque entendre qu'il est possible d'être parfait. Moi je pense faire un pas de plus en disant qu'il n'est pas possible d'être parfait et c'est avec cette idée que nous devons nous réconcilier ! Pour autant il est mille chose que nous pouvons faire pour soutenir jour après jour notre envie d'engagement.

Merci Yvan ! C'est sympa de lire votre commentaire ! Pour le court métrage oui, Mathilde m'en a parlée.ET pour la conclusion, le terme "difficile" laisse presque entendre qu'il est possible d'être parfait. Moi je pense faire un pas de plus en disant qu'il n'est pas possible d'être parfait et c'est avec cette idée que nous devons nous réconcilier ! :) Pour autant il est mille chose que nous pouvons faire pour soutenir jour après jour notre envie d'engagement. ;)
Invité - Arnaud Picard le mardi 5 décembre 2017 11:16

Il faudrait plus d'articles de déculpabilisation comme celui ci!

Il faut dire que dans l'ESS, il y a des personnes très (très très) engagées qui ne laissent rien passer. Ce ne sont pas les personnes les plus simples à côtoyer et les plus efficaces pour convertir les gens. La culpabilisation, elle existe aussi entre les personnes, et c'est du perdant-perdant-perdant.

Au passage, je reviens sur l'aparté sur l'avocat qui a fait pleins de kilomètres. Attention aux croyances (et dogmes) toutes faites dans l'ESS. Ce n'est pas parce qu'un fruit ou un légume vient des 30kms à la ronde qu'il a automatiquement un bilan carbone irréprochable. C'est un raccourci de pensée qui cache une réalité plus complexe. Cela va dépendre avant tout de la logistique utilisée par le réseau local. Les imports sur les longues distances bénéficient d'une rationalisation très poussée (notamment via les quantités déplacées). C'est un peu comme le fait de prendre un bus, ça n'est pas automatiquement bon pour la planète, tout transport en commun qu'il est. Tout dépend du nombre de passagers dedans. Si on est seul avec le chauffeur, c'est un des scénarios les pires en terme énergétique (en restant focalisé sur un seul trajet,c 'est pour l'exemple).
Tout ça pour dire qu'une partie non négligeable de la culpabilisation repose sur des biais de réflexion, sur des préjugés. On en revient à faire ce que l'on peut, mais surtout en connaissance de cause, après un travail de réflexion personnel, et non en suivant bêtement le troupeau. Notre besoin d'appartenance à cette communauté du changement ne doit pas nous retirer notre esprit critique!

Il faudrait plus d'articles de déculpabilisation comme celui ci! Il faut dire que dans l'ESS, il y a des personnes très (très très) engagées qui ne laissent rien passer. Ce ne sont pas les personnes les plus simples à côtoyer et les plus efficaces pour convertir les gens. La culpabilisation, elle existe aussi entre les personnes, et c'est du perdant-perdant-perdant. Au passage, je reviens sur l'aparté sur l'avocat qui a fait pleins de kilomètres. Attention aux croyances (et dogmes) toutes faites dans l'ESS. Ce n'est pas parce qu'un fruit ou un légume vient des 30kms à la ronde qu'il a automatiquement un bilan carbone irréprochable. C'est un raccourci de pensée qui cache une réalité plus complexe. Cela va dépendre avant tout de la logistique utilisée par le réseau local. Les imports sur les longues distances bénéficient d'une rationalisation très poussée (notamment via les quantités déplacées). C'est un peu comme le fait de prendre un bus, ça n'est pas automatiquement bon pour la planète, tout transport en commun qu'il est. Tout dépend du nombre de passagers dedans. Si on est seul avec le chauffeur, c'est un des scénarios les pires en terme énergétique (en restant focalisé sur un seul trajet,c 'est pour l'exemple). Tout ça pour dire qu'une partie non négligeable de la culpabilisation repose sur des biais de réflexion, sur des préjugés. On en revient à faire ce que l'on peut, mais surtout en connaissance de cause, après un travail de réflexion personnel, et non en suivant bêtement le troupeau. Notre besoin d'appartenance à cette communauté du changement ne doit pas nous retirer notre esprit critique!
Sabine Pradelle le mercredi 6 décembre 2017 12:12

Bonjour Arnaud, Comme la lecture de votre commentaire me fait plaisir ! Je suis comme vous convaincu de l'importance de déculpabiliser et prendre du recul. Mais ce n'est pas toujours simple à défendre ! L'engagement perd, pour moi de sa tolérance quand il omet d’accepter la différence en terme de conviction. Je défend cela jour après jour du coup notre vision commune me ravie ! Si vous avez un instant je serai ravie d'avoir votre avis sur cet article que j'ai écris récemment. Il fait écho à la dernière partie de votre commentaire. En tout cas merci pour le temps que vous avez pris à écrire, cela fait très plaisir d'avoir un retour sur une vision qui reste personnelle. Belle journée à vous ! Sabine
L'article dont je vous ai parlé... http://enssemble.org/blog/la-pression-sociale-ne-passera-pas-par-moi

Bonjour Arnaud, Comme la lecture de votre commentaire me fait plaisir ! Je suis comme vous convaincu de l'importance de déculpabiliser et prendre du recul. Mais ce n'est pas toujours simple à défendre ! :) L'engagement perd, pour moi de sa tolérance quand il omet d’accepter la différence en terme de conviction. Je défend cela jour après jour du coup notre vision commune me ravie ! Si vous avez un instant je serai ravie d'avoir votre avis sur cet article que j'ai écris récemment. Il fait écho à la dernière partie de votre commentaire. En tout cas merci pour le temps que vous avez pris à écrire, cela fait très plaisir d'avoir un retour sur une vision qui reste personnelle. Belle journée à vous ! Sabine L'article dont je vous ai parlé... http://enssemble.org/blog/la-pression-sociale-ne-passera-pas-par-moi
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lundi 19 novembre 2018