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Les femmes : des entrepreneurs comme les autres ?

Les femmes : des entrepreneurs comme les autres ?

Les femmes entreprennent moins que les hommes, elles poursuivent moins d'études d'ingénieur, elles sont aussi moins payées. Et pourtant les entreprises qui encouragent la parité sont plus prospères que les autres. On appelle cela le "facteur féminin" !

Ce sujet me touche. Il me touche sans doute car je suis une femme, qui comme beaucoup, s'est certainement censurée par moment. Je n'ai pas fait d'étude d'ingénieur ! :) Il me touche car imaginer une société où les femmes pourraient créer des entreprises à l'égal des hommes serait une société qui a globalement repensé son modèle : une société d'échange et de dialogue, d'égalité et de différence, une société de complémentarité, intelligente et pensée pour tous. Avec des solutions qui prendraient en compte nos forces comme nos faiblesses. Une société équitable et solidaire.

Petite introduction aux réseaux dédiés à l'entrepreneuriat féminin.

Aujourd'hui je vois émerger des réseaux d'entrepreneuriat dédiés aux femmes. Il y en a dans de très nombreuses villes. Ils suscitent des débats, des interrogations. Pourquoi des réseaux uniquement dédiés aux femmes ? N'est-ce pas un peu « sectaire » ? Je vous propose que nous levions ces tabous avec Juliette, qui porte depuis des années un réseau dédié aux femmes en Bretagne. Je lui ai posé beaucoup de questions. Des questions qui ont pour objet d'apporter des réponses à toutes les femmes qui souhaitent entreprendre mais n'osent pas forcément. En proposant un regard qui permette de lever les résistances à ce type de réseaux. Le débat est ouvert ! Je laisse la parole à Juliette….

Cet article est un peu long, je vous le concède ! Nous avons hésité à le réduire pour ne vous en donner que la substantifique moelle… Finalement nous avons fait le choix de vous le livrer dans son intégralité. Il est riche et très argumenté. Il présente beaucoup des facettes de cette question. Il propose une prise de conscience de certaines réalités. Il est passionnant pour ceux que cela passionne ! Merci à Juliette pour cette belle mise en perspective. 



Interview de Juliette Mucchielli, Coordinatrice régionale d' "Entreprendre au féminin Bretagne"


Pourquoi avez-vous choisi de créer un réseau d'accompagnement dédié uniquement aux femmes ?

Depuis la naissance de l'association, toutes les études et rapports le confirment, l'envie entrepreneuriale est à peu près identique chez les femmes (18%) que chez les hommes (23%) et pourtant, les femmes représentent à peine un tiers des entrepreneurs et des créateurs d'entreprises. Par manque de confiance en soi, à cause d'un différentiel de soutien encore assez net des acteurs traditionnels de l'économie (banques, grandes entreprises...) ou de problématiques personnelles (familles monoparentales, conciliation des temps de la vie...), beaucoup hésitent à se lancer et un nombre significatif d'entre elles renoncent en cours de route. C'est pourquoi il est si important de pouvoir compter sur des structures d'accompagnement entièrement dédiées aux femmes afin de lever ces freins et leur permettre de concrétiser sereinement leur projet. Cette ambition s'inscrit par ailleurs dans le plan national pour l'entrepreneuriat des femmes puisque l'objectif est de porter à 40% la part des femmes parmi les créateurs d'entreprises d'ici 2017.

Notre méthodologie qui allie accompagnement psychosocial, économique et mise en réseau permet de répondre efficacement aux problématiques rencontrées par les femmes, de les inciter, grâce à un suivi personnalisé, à persévérer dans leur projet de création quand le découragement se fait sentir et de lancer des entreprises viables à long terme. A cet égard, au-delà de notre statut associatif, la philosophie de notre action de terrain, le contenu et la méthode des prestations que nous offrons aux femmes qui nous sollicitent, en particulier celles qui peuvent connaître des accidents de la vie, présentent des convergences évidentes avec les valeurs et les principes de l'économie sociale et solidaire. A travers l'entrepreneuriat, dans une dynamique à la fois individuelle et collective, individualisée et solidaire, nous œuvrons résolument pour l'inclusion sociale et économique des femmes.


Etes-vous souvent confrontée à des femmes qui n'osent pas entreprendre juste parce qu'elles sont « des femmes »  ?

L'appréhension constitue l'une des principales causes d'abandon des projets féminins de création d'entreprises (31%), bien plus souvent mis en avant que par les hommes (17%). Elle a de multiples origines : la peur de l'échec, du risque pesant sur le patrimoine du foyer et donc de la famille, doutes sur les aptitudes professionnelles… Le manque de confiance en soi est également un marqueur fort (pour 28% des femmes contre 19% des hommes) tout comme la relation au risque et à l'échec qui renvoie très directement au processus éducatif et aux discours inconsciemment genrés diffusés dès le plus jeune âge. Les responsabilités familiales (la fameuse loi des 80/20 quant à la répartition des tâches ménagères), le manque de réseau professionnel à cause d'horaires difficilement compatibles avec une vie de famille s'ajoutent à ces facteurs d'inhibition et d'auto-disqualification.

Pourtant, au regard de leur niveau de formation et de leurs compétences, équivalents à ceux des hommes, ces craintes ne sont pas fondées. Pour changer cet état de fait il est nécessaire que les mentalités évoluent et les hommes ont un rôle extrêmement important à jouer en la matière!

Pour beaucoup de femmes, la création d'entreprise est un moyen d'insertion professionnelle, que ce soit pour les demandeuses d'emploi (32% des créatrices), des mères au foyer revenant sur le marché du travail (14%), ou de complément de revenus assez souple pour celles qui subissent une activité salariée à temps partiel. Pour beaucoup de femmes créer son entreprise c'est choisir de faire « à sa façon », une liberté que n'offre pas toujours le salariat, a fortiori pour celles qui se heurtent au fameux plafond de verre. Enfin c'est aussi une solution pour concilier au mieux ses temps de vie et organiser son temps de travail différemment qu'avec des horaires de bureau.

Il existe donc de véritables spécificités de l'entrepreneuriat au féminin qui méritent d'être prises en compte par l'ensemble de l'écosystème économique. Chez Entreprendre au Féminin Bretagne, nous travaillons donc à plusieurs niveaux sur le déverrouillage des freins personnels tout en luttant contre les stéréotypes à travers la sensibilisation des acteurs économiques mais également des jeunes, dès le collège, par des actions ciblées sur la mixité et l'égalité entre les hommes et les femmes. 


Racontez-moi le parcours d'une femme qui a rejoint votre réseau ? Ses craintes, ses attentes, ses dilemmes ?

Les femmes qui créent des entreprises ont majoritairement entre 30 et 50 ans. Chez Entreprendre au féminin Bretagne, nous accompagnons des jeunes femmes, récemment diplômées et qui ne veulent pas passer par le salariat, des conjointes en mobilité, qui suivent leurs maris mais ne trouvent pas d'emploi sur le territoire à hauteur de leurs compétences, des femmes qui se sont heurtées au plafond de verre dans leur entreprise. Et en cas de licenciement économique massif, les femmes sont aussi plus touchées, on reclasse en priorité les hommes, considérés comme « chefs de famille ». Enfin, il existe une autre particularité féminine : le fort taux de temps partiel, souvent subi, chez les femmes. L'entrepreneuriat peut parfois être une solution.

"J'ai découvert Entreprendre au Féminin Bretagne au tout début de mon projet. J'étais en congé maternité après une expérience dans le salariat où je ne me retrouvais plus. Passionnée par mon métier d'éducatrice de jeunes enfants, et soucieuse de mettre mes compétences au service d'un projet qui me corresponde, j'ai créé LIliroutte, une librairie itinérante jeunesse avec accompagnement à la parentalité.

L'association Entreprendre au Féminin Bretagne a été précieuse sur mon parcours de combattante pour mener à bien ce projet, un premier rendez-vous individuel puis la formation émergence de projet de 10 jours m'ont permis d' "asseoir mon projet", j'avais une idée très précise de ce que je voulais créer mais j'avais besoin de travailler sur la confiance en moi et sur ma légitimité, de clarifier mon projet, de le confronter à d'autres personnes. Pendant cette formation j'ai eu un vrai déclic j'ai identifié mes valeurs et mon besoin d'équilibre vie pro/vie perso, ça a été un tournant. Puis, grâce au réseau EAFB et à l'équipe opérationnelle j'ai continué à être accompagnée dans mes longues démarches de recherche de financements (4 ans et demi de recherches de fonds, aucune banque ne voulait suivre mon projet qui ne rentrait dans aucune case !) Là encore j'ai pu compter sur les femmes du réseau avec la mise en place d'un focus groupe et le lancement de ma campagne de crowdfunding. C'était également un soutien important dans les périodes d'isolement ou de découragement que j'ai pu traverser. Aujourd'hui, après bientôt 2 ans sur les routes, mon entreprise, que je continue à développer, est en bonne santé et je m'épanouis pleinement. Depuis 2 ans, je m'engage désormais en tant que bénévole au sein de l'association pour apporter mon support aux femmes qui entreprennent ! "

Bérangère, Fondatrice de Liliroulotte

Bérengère a reçu de nombreux prix pour son projet dont le Version Fémina du Télégramme en 2015 et le prix création d'entreprise aux Trophées nationaux de l'entrepreneuriat au féminin à Paris.


Qu'apporte concrètement un réseau de femmes à des femmes qui veulent entreprendre par rapport à un réseau d'accompagnement mixte ?

Dans cette première étape d'émergence, où les freins sont encore présents, il est important de pouvoir s'exprimer en toute liberté, ce qui est difficile pour une femme dans un groupe mixte. Les questions relatives à la vie personnelle, souvent le terreau de tous ces fameux freins, doivent pouvoir être évoquées en toute sérénité pour que les porteuses de projet puissent s'en affranchir tout en mesurant qu'elles ne sont pas seules à connaître ces problématiques.

Au cours de leur entretien individuel puis pendant les 10 semaines de la formation "Emergence de projet", elles vont pouvoir réfléchir à leur projet, s'accorder du temps de réflexion pour le construire, sans jugement et dans une coopération bienveillante, la meilleure réponse face au risque de l'isolement entrepreneurial. On sait que lorsqu'une femme entreprend, c'est bien plus qu'un projet professionnel, c'est un projet de vie. Dès lors, une remarque, qui peut paraitre anodine pour quelqu'un va pouvoir freiner définitivement une femme en projet car elle va se sentir attaquée personnellement et se remettre en cause immédiatement.

Ensuite, le réseau va leur permettre de se rencontrer et d'échanger entre dirigeantes d'entreprises à l'occasion d'événements dédiés (ateliers, focus groupe, rencontres conviviales, p'tit déj business etc.)

En revanche, le non mixte ne peut être qu'une étape ou un plus et nous encourageons bien sûr toutes les femmes à poursuivre l'accompagnement en individuel et/ou en groupe dans des structures d'accompagnement mixte. Nous leur offrons un accès privilégié aux réseaux et événements économiques grâce aux nombreux partenariats que nous avons noués avec les acteurs du développement territorial (chambres consulaires, technopoles...) afin de leur permettre d'investir au moins trois réseaux différents et notamment des réseaux mixtes car la mixité est source de richesse !


Si de tels réseaux existent c'est sans doute que la femme est considérée comme une population « fragile ». Cette idée peut être dérangeante pour beaucoup, dont de nombreuses femmes !

Certaines femmes sont « fragilisées » bien sûr et c'est aussi notre rôle de les accompagner (rappelons que 70% des « travailleurs pauvres » sont des femmes) mais pas toutes !

Ensemble, les femmes ont une grande force, elles doivent défendre leurs visions de l'entrepreneuriat, cultiver leurs différences, s'épauler, donner envie à toutes les femmes d'oser, devenir des « modèles » auxquels les jeunes filles puissent s'identifier.

Se fédérer dans des réseaux féminins permet de porter les valeurs de la mixité et de la parité, on sait bien que sans quota, sans fédération, malheureusement, il n'y a pas d'évolution possible… Il n'y a qu'à regarder les plateaux télé, les CA des grandes entreprises du CAC 40, les couvertures des magazines économiques pour s'en apercevoir.

Avec les réseaux féminins, plus d'excuses, nous avons des expertes, des entrepreneures dans tous les domaines, prêtes à participer et à enrichir les débats !


Un réseau uniquement dédié aux femmes ! Et pourquoi pas un réseau réservé aux hommes ?

La prochaine fois que vous allez à un événement d'un réseau « mixte », comptez le nombre de femmes… des réseaux réservé aux hommes il y en a beaucoup finalement ! :)

Plus sérieusement, il existe aussi des réseaux uniquement réservé aux hommes. Je pense aux Happy Men (Mercredi c'est papa) d'Antoine de Gabrielli. Les hommes ont aussi des freins, différents, dont ils ont besoin de parler et un cadre non mixte peut favoriser leur expression.

Réseaux mixtes et non mixtes sont nécessaires et le développement de l'entrepreneuriat au féminin avec ses valeurs, son approche, est bénéfique à l'ensemble de l'économie.

Un récent rapport de l'OCDE montre justement que si autant de femmes que d'hommes travaillaient ou montaient leur entreprise, la France gagnerait 0,4 % de croissance annuelle supplémentaire !

Il s'agit donc aussi d'une chance pour les hommes et nous menons actuellement des réflexions partenariales pour des approches croisées d'autant que nous avons des hommes qui sollicitent notre accompagnement.

C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles l'ESS, loin d'être le complément philanthropique de l'économie classique, représente au contraire une forme d'économie qui démontre toute sa performance car égalité homme femme en est une des clés de voute.


Les femmes ne recréent-t-elles pas ce pourquoi elles ont beaucoup lutté : une forme d'égalité qui mette un terme à une société masculine ?

Evidemment, comme je le disais plus haut, il existe des spécificités de l'entrepreneuriat au féminin mais celui-ci ne se construit absolument pas en opposition à un entrepreneuriat masculin. Il est au contraire un levier pour rendre le modèle économique, dans sa diversité, plus inclusif, solidaire, durable et performant dans sa dimension sociale et territoriale.

Si vous deviez nous parler d'Entreprendre au féminin Bretagne ?

Entreprendre au Féminin Bretagne est une structure d'accompagnement dédiée à l'entrepreneuriat au féminin. Depuis 10 ans, elle accompagne les parcours professionnel des femmes en développant leurs compétences entrepreneuriales et en les mettant en réseau.

Aujourd'hui, Entreprendre au féminin Bretagne c'est :

  • 12 femmes cheffes d'entreprise dans le Conseil d'Administration
  • 10 salariées ; 6 antennes
  • Plus de 2500 femmes accueillies depuis la création de l'association dont 400 femmes accompagnées en Formation Emergence de projet.
  • Un réseau actif de 450 adhérentes tous les ans sur toute la Bretagne ; une cinquantaine de femmes bénévoles dans les comités d'animation
  • Groupe Facebook Entreprendre Au Féminin Bretagne (2900 membres) dédié aux échanges liés à l'entrepreneuriat
  • Organisation de plus de 100 animations réseau annuelles sur l'ensemble du territoire breton et participation aux activités économiques
  • Interventions dans les Lycées, les Universités, les Collèges (pour la diffusion de l'égalité Femmes/Hommes et de la culture entrepreneuriale)



Le mot de la fin...


Les femmes ont moins de 50 % de chances que les hommes de démarrer leur entreprise, la faire prospérer et créer de l'emploi.​ 
En 2014, sur toutes les start-up ayant reçu des fonds de capital-risque, seuls 2,7 % étaient dirigées par une femme, révèle une étude du Diana Project.​ (source article de France24)
Nous pouvons tous, ensemble, favoriser cette transition positive ! 
Nous pouvons nous impliquer en tant que femmes pour soutenir et accompagner d'autres femmes qui veulent entreprendre. 
Nous pouvons travailler dans la mixité pour repenser notre modèle. Un modèle juste et positif ou l'échange, la diversité, la rencontre et la co-création seraient le mettre mot ! 
Oui, moi j'y crois et vois émerger autour de nous de nombreuses initiatives qui soutiennent cette transition. 
Je suis pour ma part "marraine" d'une entrepreneuse ! Si vous avez des idées, si vous connaissez des initiatives qui défendent ces valeurs alors dîtes-le nous !



Des ressources complémentaires


 

Commentaires 2

Invité - Ac Thomas le jeudi 19 mai 2016 11:31

Merci pour cet article sur EAF, Grâce au soutien du réseau j'ai rencontré des personnes formidables. Suite à la formation aide à l'émergence de projet j'ai crée Ty Dressing, en Morbihan, une activité de vide dressing de vêtements d'occasion de marque pour enfant sur le web http://www.tydressing.fr
Je partage également mes compétences pour soutenir les unes et les autres
.-)
Ac

Merci pour cet article sur EAF, Grâce au soutien du réseau j'ai rencontré des personnes formidables. Suite à la formation aide à l'émergence de projet j'ai crée Ty Dressing, en Morbihan, une activité de vide dressing de vêtements d'occasion de marque pour enfant sur le web www.tydressing.fr Je partage également mes compétences pour soutenir les unes et les autres .-) Ac
Sabine Pradelle le vendredi 20 mai 2016 09:50

Merci pour votre témoignage ! Et ravie de découvrir votre activité. C'est une très belle idée. Utile à de très nombreuses personnes. Sans aucun doute... Bonne journée à vous.

Merci pour votre témoignage ! Et ravie de découvrir votre activité. C'est une très belle idée. Utile à de très nombreuses personnes. Sans aucun doute... Bonne journée à vous.
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Invité
lundi 19 novembre 2018